Coeur brisé

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Quand tu as appris l’indicible, tu es resté(e) dans un état second. Les heures et les fils d’actus ont défilé devant tes yeux. Trou noir. Et puis le matin suivant, tu t’es réveillé(e) avec la gueule de bois. Mais pas celle des lendemains d’ivresse. Sonné(e), hébété(e, titubant(e). La nausée. Tu te dis que c’est un horrible cauchemar mais la réalité glaçante te ramène au sol avec violence. Les drapeaux sont en berne, le pays est en pleurs. Tes héros et confrères journalistes de Charlie Hebdo ont été abattus en pleine conférence de rédaction ce matin là en France. La liberté de la presse, l’humour, la satyre, la critique, l’expression artistique ont été mitraillées. Paris est à feux et à sang. On est tous sous le choc.

Tu es Charlie parce que cela fait 20 ans que tu le lis. Beaucoup de ses figures t’accompagnent depuis l’enfance, un peu comme des tontons humanistes et facétieux qui aiment le jazz et les cigares. Tu penses à Cabu qui t’as appris a dessiner au Club Dorothée, aux BD émoustillantes de Wolinski qu’on feuilletait au lycée, tu te souviens de leurs interventions crayons chez Polac. Chagrin infini. Tu penses à Charb, Tignous, Honoré, Oncle Bernard qui t’ont fait rire, grincer, réagir à tes propres idées et ont défendu tes libertés. Ça tu viens seulement de le réaliser. 

Tu penses à eux, à tous les autres et à la douleur de leurs proches dont tu admires l’immense courage. La situation te fait pleurer de tristesse, d’indignation. Tu te trouve nul(le) parce que tu ne sais plus quoi dire, tu ne trouve même pas les mots. D’ailleurs tu ne peux même plus écrire, ni dessiner, ni parler tellement tu es paralysé(e) de peine. Alors tu allumes une flamme, tu médites pour la transformer en fleur et tu envoies des pensées par milliers. En fait, t’as juste, comme le monde entier, le cœur brisé.

La suite des évènements ne fait qu’ajouter à l’horreur. Tu te demandes où est la beauté dans ce monde. Si elle le sauvera vraiment un jour*. Et comment tu vas faire pour continuer à avoir envie d’y croire et d’en parler. Tout te semble tellement futile… Et puis tout à coup tu te ressaisis. Pas question de céder, pas question de voir la vie en gris. La Beauté est une force, un manifeste, un poing levé. Elle était au rendez-vous dimanche aux pieds de la République. Tu as vu des humains de tous les âges, toutes les couleurs, toutes les confessions, tous milieux, se rassembler, se serrer, se sourire et se recueillir dans une immense vague de fraternité et de chaleur. Tu as vu ta ville, ton pays, le monde entier se lever et marcher ensemble. Au milieu cette foule, tu as senti une vague d’Amour, d’Espoir, de Fraternité. C’était beau. Après les hauts de coeur, haut les coeurs. A nous désormais d’entretenir la flamme et rester dans un siècle de lumière(s) pour cramer l’obscurantisme. La beauté est comme la haine : elle est d’abord au front de nous même.

*J’ai relu « Quand la Beauté nous sauve » du philosophe Charles Pepin, ça fait du bien. 

jesuischarlie



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