Tous à poils ?

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Photos Sabine Villiard

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Ne croyez pas que ce sujet soit un alibi pour montrer de belles photos de beaux mecs à poils (enfin si, disons que c’est une façon de joindre l’info à l’agréable). Masculin ou féminin, le poil est un vrai phénomène sociétal. Quelques chiffres ?

> 57% de la population Française -hommes & femmes- s’épile ou se rase les poils sur le corps
> 68% des Françaises préfèrent les hommes sans poils sur le torse 
> 1 homme sur 2 déclare se raser le corps régulièrement (32% des sondés envisagent de s’y initier)
> 74% des femmes, estimant que la virilité ne passe plus par un excès de pilosité.
(Source : étude Panasonic 2014)

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Imberbes barbus & révolutions de toisons. Les mecs se tondent le corps mais se laissent volontiers pousser les cheveux, la barbe ou la moustache. (« La parure des femmes c’est leur chevelure. Les hommes, c’est la barbe. Ils ont un intérêt démesuré pour leurs poils car c’est un symbole de virilité qui leur permet de se distinguer, voire d’en imposer. Comme ils perdent de plus en plus leurs cheveux et compensent par la pilosité du visage… » m’avait expliqué Sarah Daniel Hamizi, la barbière de Paris (1)). De leur côté, les filles passent de plus en plus à l’épilation définitive, tandis que certaines wild women contestent les diktats esthétiques et laissent sauvagement pousser. Alors que le poil était voué à une prochaine extinction, il semble se hérisser.

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J’ai fait pas mal de papiers sur la barbe des hommes, le rasage masculin, l’épilation intégrale, la nouvelle tendance du grooming… J’ai interviewé des sociologues du poil (2), des chercheurs du poil, des philosophes et des historiens du poil (3), des esthètes au poil… Le sujet est fascinant croyez-moi (et hilarant le jour où j’ai appris que des labos testaient les tondeuses corporelles sur des kiwis un peu déshydratés…). Bref, au fil des années, des tendances et des techniques (lampes, laser…), le poil -qui en dit beaucoup sur une société et son rapport au corps- est devenu moins tabou. D’intime il est devenu public. Médiatique (. Avant on laissait pousser et on n’en parlait pas. Aujourd’hui on rase tout et pourtant il ne se passe plus un mois sans qu’une histoire pileuse fasse l’actu. Difficile à croire ? Récap’ rapide:

>En février, la polémique à deux balles et les remous politiques autour du livre pour enfants Tous à Poils -qui montre des dessins de gens tous nus- est « Une menace sur l’autorité » selon Copé. Résultat : le brûlot devient best-seller et se hisse en 4è place des ventes.

>En mars, Madonna s’affiche (à poils) sur les réseaux sociaux, montrant son aisselle velue et un slogan : « Long hair, don’t care ». Effroi sur la toile. Et puis l’on découvre la série « Natural Beauty » du photographe Anglais Ben Hopper. Des portraits de femmes aux aisselles naturelles. Un manifeste destiné à bousculer les canons de beauté et décoincer les esprits.

>En avril, Cameron Diaz faisait l’éloge du poil pubien dans son « Body Book » (il a été traduit en français). Pour elle, le poil fait fureur. Voire fourrure.« Ils servent de petits rideaux qui rendent votre sexe un peu mystérieux à quiconque vous convoite ». Culte.

>En mai, une enquête Ifop* (*Impact de la pornographie sur le corps des Français) révèle que 22% des Françaises s’adonnent à l’épilation intime intégrale (56% chez les moins de 25 ans). Le phénomène touche particulièrement les couches populaires (20% chez les « CSP- » et 9% chez les « CSP+ »).

>En juin, on apprenait qu’à New York et Brooklyn -capitale hypster- les hommes se faisaient implanter des poils de barbe moyennant 6000$ (modèles le plus réclamés : la barbe de Brad Pitt et… La moustache de Tom Selleck). La demande est si forte que les rares médecins esthétiques spécialisés dans cette technique de micro-greffe ont des listes d’attente d’au moins 6 mois.

>En juillet, Breanne Fahs, une prof d’études de genre de l’Arizona State University à révélé les résultats d’une expérience grandeur nature avec ses élèves en inversant les pilosités : les filles devaient laisser pousser et les garçons devaient s’épiler/se raser pendant 10 semaines tout en compilant leurs observations. « Il n’y a pas de meilleure façon de comprendre les normes sociales que de les enfreindre et de voir comment les autres réagissent » explique la prof. Le but: qu’ils éprouvent eux-mêmes l’importance des normes esthétiques établies par la société. Conclusion : autant les mecs peuvent assumer un corps glabre (à condition que cela soit accepté et validé par leurs potes), autant les filles poilues peuvent aller se rhabiller (enfin s’épiler) car elles ont choqué (même leurs proches) et reçu une floppée de remarques sexistes voire blessantes. Une des participantes du projet a été accusée par un ami de « vouloir concurrencer l’autorité des hommes et leur position dans la société » (fichtre). Une autre a carrément largué son boyfriend  » C’était la première fois que quelqu’un critiquait si violemment mon corps ». Pour beaucoup de filles, l’expérience leur a enseigné qu’arborer des aisselles touffues et du poil au pattes peut devenir un signe de résistance. « J’ai réalisé que si tu n’adhères pas à la lettre aux rôles sociaux des genres, ton corps devient un support de contestation et d’opinion publique » conclue une étudiante. La révolution est en marche… ?

>En août, stupéfaction : j’apprends que le hair-artist Charlie Le Mindu (on lui doit les perruques extravagantes de Lady Gaga) fabrique, outre ses colossales coiffures, des « merkin » (Googlisez si vous avez du cran), autrement dit des postiches pubiques. Autrement dit, des touffes artificielles à partir de vrais cheveux. L’accessoire existe depuis 1450 (à la base il a été inventé pour cacher les maladies des prostituées). Porté disparu, il revient à la mode depuis que l’épilation définitive en a rendu chauves. Il paraît que les commandes des stars sont nombreuses…

To be continued… Je continue de traquer les infos et je suis prête à parier que les 6 prochains mois seront tout autant foisonnants. Si vous voulez un résumé de l’histoire du poil à travers les siècles et pourquoi on lui fait la guerre, j’ai viens de lire un bon papier sur le Huffington. Et enfin, si vous avez des « breaking news », surtout venez les partagez ici !


Biblio
(1) Barbes et Moustaches : Comment les tailler au poil  (Larousse)
(2) Du velu au lisse, Histoire et esthétique de l’épilation intime, Jean da Silva (Editions Complexe)
(3) Anthropologie Mythologies et une Histoire de la Chevelure et de la Pilosité, Le Sens du Poil. L’Harmattan
 



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